POURQUOI CETTE ECOLE ? (suite)

Fondamentalement, à quoi sert-il de vouloir faire d'un élève-comédien un chanteur d'opéra moyen ou un danseur classique pathétique ?

 

Le chant, la danse ne sont-ils pas des disciplines qui prennent des vies d'artiste à être maîtrisées de façon virtuose ?

 

Et où est le lien non-artificiel entre l'interprétation d'un texte et celle d'une partition dansée ou chantée ?

 

Et si danse et chant sont des savoirs indispensables dans une école d'art, indépendamment de ce que ces disciplines peuvent amener à titre de développement personnel, comment expliquer alors qu'un élève danseur ne soit pas assujetti à l'apprentissage de la musique ou de la comédie (je ne parle bien évidemment pas d'école de comédie musicale) ?

 

La formation doit se pratiquer autrement. C'est viser à côté que de demander à un élève-comédien de "se tenir droit", "de porter la voix", ou "d'articuler". Sauf cas rares relevant de la chiropraxie ou de la logopédie, tout élève-comédien - s'il est à l'aise, donc détendu, donc défait de ses "blocages" - tout élève-comédien, donc, se tient "bien" (ou aussi "mal" que dans la vie), a une voix audible (mais les théâtres ne sont-ils pas conçus selon une science de l'accoustique dévolue à la tâche de porter le son ?), et a une diction acceptable (sinon comment feraient-ils pour être compris par leurs proches ?)

 

C'est du moins ce que j'ai constaté en vingt ans de métier. J'ai relevé également que lorsque les blocages apparaissent ça n'est pas dû à des carences techniques, mais à des carences de travail (texte insuffisamment appris, consignes de mises en scène ou de direction d'acteur floues, situations de jeu peu concrètes).

 

Depuis vingt ans, j'entends des gens du théâtre dire que les jeunes comédiens ont moins de technique qu'avant. Mais depuis vingt ans, on forme, on forme, on forme et on n'aurait pas remédié à ce problème ? Sans doute parce qu'il n'est pas là où on le croit. Sans doute parce qu'il est plus aisé de dire que les nouveaux violons sont moins bons, plutôt que dénoncer le fait que beaucoup s'improvisent violonistes, mais ne savent pas manier l'instrument.